Dominique Schnapper : pour une démocratie d'intégration
Dominique Schnapper : pour une démocratie d'intégration
e débat politique français tourne pour une bonne part autour de l'intégration. En schématisant, on pourrait dire qu'être de gauche, c'est penser que la société ne fait pas assez d'efforts pour intégrer les populations issues de l'immigration. Si l'on estime, à l'inverse, que ce sont ces populations qui ne se donnent pas assez de mal pour s'intégrer à la société dans laquelle elles vivent, il y a des chances pour que l'on soit de droite. Que la seconde thèse se rencontre aussi à gauche est l'un des signes de la fluidité croissante des électorats ou de la progression des idées de droite dans les esprits.
Dominique Schnapper montre que la réalité sociale n'est pas aussi simple que les représentations politiques qu'elle alimente. L'intégration est une notion qui ne fait pas l'unanimité. Aux Etats-Unis, il est admis depuis longtemps que les vagues d'immigration successives ont pris place à des rythmes et dans des conditions variables dans la société constituée avant leur arrivée. Etudier ces étapes et ces modalités est courant. Cela a conduit, d'ailleurs, à contester la notion d'assimilation comme trompeuse et oppressive. "L'"ethnicité" supplanta l'"assimilation" dans le discours dominant des Américains sur leur propre société", écrit la sociologue, qui siège, depuis 2001, au Conseil constitutionnel.
"AYANTS DROIT" ET CITOYENS
En France, la tradition républicaine a longtemps masqué aux chercheurs l'importance des différences culturelles ou ethniques dans la façon dont les immigrés et leurs enfants participent à la vie sociale. "La fiction selon laquelle les citoyens égaux n'ont plus de passé historique ou religieux tendait à rendre illégitimes les recherches sur l'intégration des migrants", observe l'auteur.
Cette cécité ayant pris fin, les travaux des sociologues ont débouché sur une opposition entre intégrationnistes et multiculturalistes, les premiers accusant les seconds d'enfermer les individus dans leurs groupes d'origine et de favoriser le communautarisme. On reconnaît là un des débats de la campagne présidentielle, dans laquelle les socialistes présentent le principal candidat de la droite comme un communautariste.
On ne peut parler, en effet, d'intégration à la société nationale sans s'interroger sur l'intégration de la société nationale. Cette question-là concerne non seulement les personnes issues de l'immigration, mais aussi l'ensemble de celles qui, pour une raison ou une autre - origine, niveau économique, sexe, références religieuses, histoire - sont plus ou moins tenues en marge de la vie collective. L'intégration est au coeur du projet démocratique, qui vise fondamentalement à corriger les inégalités de condition et à donner des chances de réussite équivalentes aux enfants de tous les milieux. Mais l'intégration est-elle possible quand les valeurs et les institutions censées offrir des références communes sont disqualifiées par la revendication indéfinie du droit de chacun à ne faire que ce qui lui plaît, quand cela lui plaît ?
Dominique Schnapper s'inquiète de voir la démocratie "providentielle", dispensatrice de biens et de bien-être, prendre le pas sur la démocratie comme régime politique. "Les "ayants droit" ne sont pas des citoyens", souligne-t-elle. A ses yeux, la base de toute intégration possible, au-delà des différences, est l'égale dignité que se reconnaissent mutuellement les membres d'une société politique et que réalise le principe "un homme, une voix".
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QU'EST-CE QUE L'INTÉGRATION ? de Dominique Schnapper. Gallimard, "Folio essais", 238 p., 6,60 €.
Patrick Jarreau
Article paru dans l'édition du 09.02.07


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